Fred Goodwin, l'ancien directeur de la Royal Bank of Scotland (RBS), fait de nouveau la une des journaux. Pourtant, cela fait plus de trois ans que cet Ecossais a quitté RBS. Il s'est retiré des affaires en 2008 après avoir quasiment mené la banque à la faillite. Aujourd'hui, RBS est détenu aux trois-quarts par l'Etat britannique et, à 53 ans, Goodwin coule une existence paisible à Edinbourgh -il bénéficie d'une retraite d'environ 34 000 euros par mois (ce qui fait 410 000 euros par an).
Cet Ecossais est détesté par tous les Britanniques. Il incarne tous les excès de la City -une prise de risques non contrôlée, un goût immodéré pour le luxe (goût satisfait aux frais de son entreprise), une arrogance légendaire etc. Entre autres choses, Goodwin avait fait construire un siège social à Edimbourgh pour la bagatelle de 350 millions de livres (420 millions d'euros d'aujourd'hui).
Goodwin est de nouveau en première ligne dans les médias parce qu'il a été déchu mardi de son titre de chevalier. Une distinction qui lui avait été remise en 2004 par la reine sur décision du gouvernement Blair pour "services rendus au secteur bancaire". Depuis mardi, Goodwin n'est plus Sir Fred Goodwin mais seulement Mr. Goodwin. Une commission de hauts-fonctionnaires en a décidé ainsi au motif que, en tant que patron de RBS pendant 8 ans, il est responsable de la quasi-faillite de la banque, donc de la crise financière, et donc "de la plus grave récession jamais subie par le Royaume-Uni depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale".
En soi, la décision semble plutôt logique mais pourquoi n'intervient-elle que maintenant? Cameron aurait-il voulu faire un coup politique? Casser du banquier pour apaiser les classes moyennes?
Hier, Cameron se défendait d'avoir fait pression sur la "commission de déchéance" pour qu'elle retire sa distinction à Goodwin. Mouais. Le fait est que, depuis la fin 2011, Cameron, le même qui s'oppose à la création d'une taxe sur les transactions financières, tient un discours critique envers les abus du capitalisme. Un discours qui, pour l'instant, n'a débouché sur aucune mesure concrète.
Résultat: Cameron est accusé par Alistair Darling, ex-ministre des Finances, par Alex Salmond, le Premier ministre écossais, et par d'autres de livrer Goodwin en pâture pour faire diversion. Et le débat sur les salaires des grands patrons est relancé de plus bel.
Hier, à la Chambre des Communes, le leader de l'opposition travailliste a rappelé à Cameron ses promesses non tenues sur ce dossier. Pour la première fois depuis plusieurs semaines, Miliband s'est montré très offensif et il est sorti vainqueur du traditionel combat de coqs du mercredi -qui oppose le Premier ministre au chef de l'opposition.